Mon JARVIS a dix jours de retard sur le futur.

Mon JARVIS a dix jours de retard sur le futur.
La saison 2 de l'agentique autonome ne vous attendra pas.

Il y a dix jours, je publiais le récit de mon weekend à construire Marcel — mon assistant IA personnel, monté à la main sur une machine virtuelle, avec du code open source, deux IA en copilotes, et assez de café pour tenir une garde de nuit aux urgences.

Marcel tournait. Il lisait mes emails. Il me parlait sur Telegram. Il se réveillait toutes les trente minutes pour vérifier s'il avait raté quelque chose. Le soir, quand je rentrais, il me disait "Bonsoir, Monsieur." J'avais mon JARVIS. Il était bancal, un peu lent, parfois il hallucinait le contenu de ma boîte mail. Mais il était à moi.

J'en étais fier. Passé composé.


Dimanche soir, Anthropic a publié une mise à jour de Claude. Pas un nouveau modèle. Pas un benchmark impressionnant. Quelque chose de plus concret.

Claude peut maintenant prendre le contrôle de votre Mac.

Ouvrir vos applications. Naviguer dans votre navigateur. Remplir un tableur. Cliquer, scroller, taper au clavier. Tout ce que vous feriez assis à votre bureau — sauf que vous n'avez pas besoin d'être à votre bureau.

Combiné avec Dispatch, sorti une semaine plus tôt, le circuit est bouclé. Vous envoyez un message depuis votre téléphone : "Exporte le pitch deck en PDF et attache-le à l'invitation de réunion." Vous rangez le téléphone. Vous passez à autre chose. Quand vous revenez, c'est fait.

Moi, j'ai passé un weekend entier à câbler des connecteurs, debugger des variables d'environnement et relancer un conteneur Docker huit fois dans la même soirée pour arriver au même résultat.

Mon JARVIS a dix jours de retard sur le futur.


Ceux qui suivent cette newsletter savent que je couvre le sujet depuis le début. D'abord OpenClaw, le projet open source qui a mis le feu aux poudres. Puis la réaction en chaîne : Perplexity qui lance Computer, un agent cloud capable d'orchestrer dix-neuf modèles pour accomplir un workflow complet. Meta qui rachète Manus et sort une app desktop. Nvidia qui annonce NemoClaw. Snowflake qui dégaine Project SnowWork.

J'ai raconté tout ça dans De Clawdbot à Microsoft Cowork — trois mois qui ont fait basculer l'IT dans l'ère agentique. Sauf que trois mois en intelligence artificielle, c'est trois ans dans n'importe quel autre secteur. Depuis cet article, la course a encore accéléré.

La saison 1, c'était la découverte. Un développeur autrichien, un projet de garage, la Silicon Valley qui réalise qu'un type seul dans son salon peut construire ce que des équipes de cent personnes n'avaient pas encore livré.

La saison 2, c'est l'industrialisation.


Il y a un point que beaucoup de commentateurs survolent, et qui est pourtant le vrai sujet. Ce qu'Anthropic a lancé dimanche, ce n'est pas "encore un agent de plus." C'est un changement de nature.

Jusqu'ici, les agents IA travaillaient dans leur couloir. Un chatbot dans un navigateur. Un copilote dans un éditeur de code. Un assistant dans une app de messagerie. Chacun enfermé dans son périmètre, dépendant d'une API, d'un connecteur, d'une intégration spécifique.

Donner à l'IA l'accès à votre écran, c'est faire sauter toutes ces cloisons d'un coup. Plus besoin d'un connecteur par application. L'agent voit ce que vous voyez. Il clique où vous cliqueriez. Il passe d'Excel à votre navigateur à votre client email comme vous le faites vingt fois par jour — sauf qu'il ne perd pas le fil, ne se laisse pas distraire, et ne tombe pas dans le piège d'un scroll LinkedIn entre deux tâches.

Concrètement, ça veut dire que chaque logiciel que vous utilisez aujourd'hui devient un terrain d'action pour l'IA, sans que l'éditeur de ce logiciel ait eu besoin de bouger le petit doigt. L'agent passe par-dessus. Il utilise l'interface comme un humain.

C'est aussi simple que ça. Et c'est aussi vertigineux que ça.


Ce qui m'amène à un sujet qui me passionne — et que je surveille de très près.

Aujourd'hui, Claude fait ça sur Mac. Demain, cette capacité vivra dans le système d'exploitation lui-même.

Regardez ce qui se construit du côté de Windows. La presse spécialisée en parle depuis des mois. Un framework appelé Agent Launchers permet déjà aux développeurs d'enregistrer leurs agents directement dans le système. Ces agents apparaissent dans la barre des tâches. On les invoque depuis le champ de recherche. On suit leur progression en temps réel — un badge vert quand c'est terminé, un point d'exclamation quand l'agent a besoin d'un feu vert.

GeekWire a fait un parallèle que je trouve éclairant. En 1990, Microsoft décrivait le passage de MS-DOS à Windows comme l'arrivée d'une Porsche dans un monde de Ford T. Ce qui a compté à l'époque, ce n'était pas l'interface graphique en soi. C'était la capacité de Windows à devenir une plateforme pour les applications tierces. Trente-cinq ans plus tard, le même mouvement se dessine. Le système d'exploitation ne lance plus seulement des applications. Il héberge des agents. Il leur fournit un espace de travail sécurisé. Il orchestre leurs interactions avec vos fichiers, vos apps, vos données.

Et côté entreprises, c'est déjà concret. Copilot Cowork — développé avec Anthropic — permet de déléguer des tâches complexes à travers l'ensemble des applications de productivité. Analyser un trimestre de réunions, préparer un briefing, décliner les invitations inutiles — en tâche de fond, pendant que vous faites votre vrai travail. Les agents Excel, Word, PowerPoint arrivent en disponibilité générale. Le tout gouverné par Agent 365, un plan de contrôle pour observer, sécuriser et piloter ces agents à l'échelle d'une organisation.

La convergence entre le système d'exploitation et les agents autonomes, c'est le prochain tournant majeur de l'informatique personnelle. J'ai hâte de voir ça se déployer à grande échelle.


Et Marcel dans tout ça ?

Marcel tourne toujours. Sur sa VM Azure. Avec son fichier de personnalité en lecture seule, ses backups à deux heures du matin, et son client email qui a besoin qu'on lui parle en français pour accepter de fonctionner.

Il est dépassé. Techniquement, ce que j'ai mis un weekend à construire, Claude le propose en un bouton. Ce que j'ai câblé à la main avec des scripts bash, Copilot Cowork le fait dans le cloud avec la gouvernance d'entreprise en prime.

Mais Marcel m'a appris quelque chose qu'aucun produit clé en main n'enseigne. Comment ces systèmes fonctionnent vraiment. Où ils cassent. Ce qu'on contrôle et ce qu'on ne contrôle pas. Quand le modèle hallucine et pourquoi. Ce que "autonome" veut dire concrètement — et ce que ça ne veut pas dire du tout.

Construire Marcel, c'était comprendre le moteur en le démontant. Ce que l'industrie livre aujourd'hui, c'est la voiture avec la clé sur le contact.

Les deux ont de la valeur. Mais ils ne préparent pas au même avenir.


Voilà où nous en sommes, en mars 2026.

On ne parle plus de chatbots. On ne parle plus de "pose ta question et lis la réponse." On parle d'agents qui ouvrent vos applications, manipulent vos fichiers, envoient vos messages, exécutent vos workflows — pendant que vous êtes ailleurs. Depuis votre téléphone. Depuis un taxi. Depuis une réunion où vous n'écoutez qu'à moitié.

Il y a trois mois, c'était un projet de niche sur GitHub. Aujourd'hui, chaque géant de la tech a sa version. Et demain, ce sera dans le système d'exploitation que vous allumez chaque matin.

La question n'est plus de savoir si vous aurez un agent IA.

C'est de savoir quand vous lui donnerez les clés.


Et vous — à quel moment vous accepterez qu'une IA s'assoie à votre bureau ?


Sources

Annonce Claude Computer Use — 23 mars 2026

Claude Dispatch — 17 mars 2026

La course aux agents autonomes

Windows, Agent Launchers et la stratégie plateforme

Copilot Cowork, Agent 365 et le partenariat Microsoft × Anthropic

Mes articles précédents sur le sujet